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Chute de plain-pied : premier AT en fréquence, comment prévenir

Sofiane Coly · 2025-09-01 · 9 min

Avec plus de 170 000 accidents par an selon les données de la CNAM, les chutes de plain-pied (glissades, trébuchements, faux pas) constituent la première cause d’accident du travail en France, tous secteurs confondus. Souvent banalisé, ce risque peut entraîner des lésions graves et représente un coût considérable pour les employeurs.

Un risque sous-estimé aux conséquences réelles

Les chutes de plain-pied ne se résument pas à de simples glissades sans gravité. Les statistiques de la CNAM montrent que ce type d’accident génère en moyenne 60 jours d’arrêt de travail et représente la deuxième cause de décès au travail après les chutes de hauteur.

Les lésions les plus fréquentes sont les entorses, les fractures (poignet, cheville, col du fémur), les traumatismes crâniens et les lésions du rachis. Pour l’employeur, le coût moyen d’une chute de plain-pied est estimé à environ 10 000 euros en coûts directs (IJ, rente, soins), auxquels s’ajoutent les coûts indirects (remplacement, perte de production).

Les causes principales identifiées

L’INRS identifie plusieurs familles de causes :

Facteurs liés au sol : revêtements glissants, sols mouillés ou gras, dénivellations non signalées, câbles ou objets au sol, revêtements dégradés.

Facteurs liés à l’environnement : éclairage insuffisant, encombrement des voies de circulation, conditions météorologiques (verglas, pluie).

Facteurs organisationnels : précipitation, port de charges encombrant la vision, chaussures inadaptées, absence de procédures de nettoyage.

Facteurs individuels : fatigue, vieillissement, troubles visuels, prise de médicaments.

Les obligations réglementaires de l’employeur

Le Code du travail impose plusieurs obligations relatives à la prévention des chutes :

Article R. 4224-3 : Les lieux de travail intérieurs et extérieurs doivent être aménagés de telle façon que la circulation des piétons puisse se faire de manière sûre.

Article R. 4224-4 : Les postes de travail extérieurs sont aménagés de telle sorte que les travailleurs puissent rapidement quitter leur poste en cas de danger et puissent être rapidement secourus.

Article R. 4224-18 : Les sols des locaux de travail et des passages doivent être maintenus dans un bon état de propreté. Quand les opérations effectuées comportent l’emploi de substances liquides, les sols doivent être imperméables et disposer d’une pente suffisante pour permettre l’écoulement.

Évaluer le risque dans le DUERP

L’évaluation du risque de chute de plain-pied dans le DUERP doit être réalisée par unité de travail et tenir compte des situations réelles. L’employeur doit identifier :

– Les zones à risque (entrées, cuisines, ateliers, zones de stockage, parkings) ;

– Les situations à risque (déplacements avec charges, passages intérieur/extérieur) ;

– Les populations exposées (salariés, intérimaires, visiteurs).

Les mesures de prévention concrètes

La prévention des chutes de plain-pied repose sur des mesures simples et efficaces :

Entretien des sols : nettoyage régulier, réparation rapide des dégradations, traitement antidérapant des surfaces glissantes ;

Organisation des circulations : dégagement des voies de passage, rangement systématique, signalisation des obstacles et dénivellations ;

Éclairage : éclairage suffisant des zones de circulation, y compris les escaliers et zones extérieures ;

Chaussures : mise à disposition de chaussures de sécurité à semelles antidérapantes adaptées au poste de travail ;

Formation et sensibilisation : intégration du risque de chute dans les formations sécurité.

L’impact sur la tarification AT/MP

Compte tenu de leur fréquence, les chutes de plain-pied pèsent lourdement sur le compte AT/MP de l’entreprise. Pour une entreprise de 100 salariés, deux ou trois chutes de plain-pied par an avec arrêt peuvent augmenter significativement le taux de cotisation.

La prévention des chutes constitue donc un levier direct de maîtrise des coûts AT/MP et peut justifier l’obtention d’une ristourne CARSAT pour les entreprises qui démontrent des résultats.

Ce qu’il faut retenir

Les chutes de plain-pied sont le premier AT en fréquence et un risque souvent sous-estimé. L’employeur doit les intégrer dans le DUERP, maintenir les sols en bon état, organiser les circulations et fournir des chaussures adaptées. La prévention de ce risque est un levier efficace de réduction des coûts AT/MP et peut bénéficier de subventions CARSAT.

La procédure de reconnaissance d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle

La gestion des accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) constitue un enjeu majeur pour l’employeur, tant sur le plan humain que financier. Le cadre légal est défini par les articles L.411-1 et suivants du Code de la sécurité sociale.

En matière d’accident du travail, l’article L.411-1 du CSS définit l’accident du travail comme tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail, quelle qu’en soit la cause. La présomption d’imputabilité bénéficie au salarié : dès lors que l’accident survient au temps et au lieu du travail, il est présumé professionnel.

L’employeur doit :

  • Déclarer l’accident dans les 48 heures (article R.441-3 du CSS) via la DSN ou le formulaire Cerfa n° 14463*03
  • Remettre au salarié la feuille d’accident (formulaire S6201) lui permettant de bénéficier de la prise en charge à 100 % des frais médicaux
  • Émettre des réserves motivées le cas échéant, dans la DAT elle-même, si l’employeur doute du caractère professionnel

La CPAM dispose d’un délai de 30 jours francs pour statuer sur la reconnaissance du caractère professionnel (90 jours en cas d’investigations complémentaires). Consultez notre guide AT/MP pour connaître vos droits et obligations.

L’impact financier des AT/MP sur les cotisations employeur

Le taux de cotisation AT/MP est directement lié à la sinistralité de l’entreprise. Trois modes de tarification existent selon l’effectif :

  • Tarification collective (entreprises de moins de 20 salariés) : taux fixé par secteur d’activité
  • Tarification mixte (de 20 à 149 salariés) : combinaison du taux collectif et du taux propre
  • Tarification individuelle (150 salariés et plus) : taux calculé sur la sinistralité propre de l’établissement

Le coût moyen d’un accident du travail est catégorisé selon la durée d’arrêt et les séquelles. Un accident grave avec incapacité permanente peut impacter le taux AT/MP pendant 3 années consécutives, représentant un surcoût de cotisations considérable.

La Cour de cassation a jugé dans un arrêt Cass. 2e civ., 16 novembre 2023, n° 22-11.789 que l’employeur peut contester l’opposabilité de la décision de prise en charge même après le délai de contestation du taux de cotisation, dès lors qu’il invoque un vice de procédure substantiel.

Il est donc essentiel de mettre en place une veille active sur vos taux AT/MP et de contester les décisions de prise en charge lorsque les conditions de la présomption d’imputabilité ne sont pas réunies. Notre cabinet, via DAIRIA IA, peut vous accompagner dans le suivi automatisé de votre sinistralité.

Checklist employeur : réagir face à un AT/MP

  • ✅ Prendre en charge le salarié et assurer les premiers soins
  • ✅ Effectuer la déclaration d’accident du travail (DAT) dans les 48 heures
  • ✅ Émettre des réserves motivées si le caractère professionnel est douteux
  • ✅ Remettre la feuille d’accident au salarié
  • ✅ Établir une attestation de salaire pour le calcul des indemnités journalières
  • ✅ Vérifier le bien-fondé de la prise en charge par la CPAM dans les délais impartis
  • ✅ Contester si nécessaire devant la CRA puis le pôle social du tribunal judiciaire
  • ✅ Organiser la visite de reprise auprès du médecin du travail dans les 8 jours suivant la reprise (article R.4624-31 du Code du travail)
  • ✅ Mettre à jour le DUERP en conséquence de l’accident
  • ✅ Suivre l’impact sur le taux de cotisation AT/MP et vérifier le compte employeur annuel

Questions fréquentes

Quel est le délai pour déclarer un accident du travail ?

L’employeur doit effectuer la déclaration d’accident du travail (DAT) dans les 48 heures (hors dimanches et jours fériés) suivant la connaissance de l’accident (article R.441-3 du CSS). Le non-respect de ce délai constitue une contravention et peut entraîner le remboursement des dépenses engagées par la CPAM.

L’employeur peut-il contester le caractère professionnel d’un accident ?

Oui. L’employeur peut émettre des réserves motivées dans la DAT. Si la CPAM reconnaît le caractère professionnel, l’employeur peut contester cette décision devant la CRA dans un délai de 2 mois, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire. La contestation de l’opposabilité n’empêche pas la prise en charge au bénéfice du salarié.

Comment est calculé le taux AT/MP ?

Le taux AT/MP dépend de l’effectif de l’entreprise et de sa sinistralité. Pour les entreprises de moins de 20 salariés, le taux est collectif (fixé par secteur d’activité). Au-delà, il intègre progressivement la sinistralité propre de l’établissement. Le taux est notifié chaque année par la CARSAT et peut être contesté dans les 2 mois. Consultez notre guide AT/MP pour plus de détails.

Pourquoi faire appel à un expert en droit social ?

Le droit du travail et le droit de la sécurité sociale sont des matières en constante évolution. Les réformes législatives, les décrets d’application, la jurisprudence de la Cour de cassation et les positions de l’administration (circulaires, instructions, BOSS) modifient régulièrement les règles applicables. Dans ce contexte, une veille juridique permanente est indispensable pour sécuriser les pratiques de l’entreprise.

Les erreurs en matière de droit social peuvent avoir des conséquences financières considérables : redressements URSSAF, condamnations prud’homales, pénalités administratives, sans compter le risque réputationnel. Selon les statistiques du ministère de la Justice, les condamnations moyennes aux prud’hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse s’élèvent à plusieurs mois de salaire, auxquels s’ajoutent les frais de procédure.

Faire appel à un expert permet de :

  • Anticiper les risques : audit de conformité, revue des contrats de travail, analyse des pratiques de paie et de gestion du personnel
  • Sécuriser les décisions : consultation préalable avant toute mesure impactant les salariés (licenciement, modification des conditions de travail, restructuration)
  • Optimiser les coûts : identification des dispositifs d’exonération, optimisation de la protection sociale, structuration de la rémunération
  • Gérer les contentieux : défense devant les conseils de prud’hommes, les tribunaux judiciaires (pôle social) et les juridictions administratives

Notre cabinet dispose d’une expertise reconnue en guide AT/MP et accompagne les entreprises de toutes tailles dans la gestion quotidienne de leurs problématiques sociales. Grâce à notre outil DAIRIA IA, nous proposons également des solutions innovantes d’analyse et de veille juridique automatisée, permettant à nos clients de bénéficier d’une information en temps réel sur les évolutions les concernant.

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